Lot Essay
De loin, on dirait une forme vaguement humaine qui nous observe, une masse indistincte, étrangement suspendue, formée d'une myriade de petites entités qu'il est impossible d'identifier plus précisément. L'oeuvre intrigue: que représente chacun de ces innombrables cadres noirs pendus à leur ficelle? Le spectateur est contraint de s'approcher pour mieux comprendre. Il découvre alors une multitude de photographies où figurent des parties du corps humain: des dizaines de mains, d'oreilles, de nez, de bouches, de seins, de sexes; des fragments de corps d'hommes et de femmes anonymes qui s'accumulent et forment un vaste cercle. Le spectateur est donc pris au piège, "pris en délit du regard": à la sensation d'être observé qui présidait au départ s'est substituée celle d'être devenu un voyeur. Mes voeux est donc avant tout un jeu avec la notion de regard dans l'art: qui regarde, qui est regardé?
"Pour moi je souhaite qu'il [le regardeur] se sente gêné, dérangé de regarder.", explique l'artiste. "L'observateur connaît, reconnaît bien tous les éléments qui lui sont présentés mais il n'est pas en mesure de 'recoller les morceaux'. L'embarras, la gêne viennent de là." (Annette Messager, citée dans R. Storr, Annette Messager. Faire parade 1971-1995, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 1995).
Si Mes voeux engendre ce sentiment de gêne, c'est aussi parce qu'il interroge la notion d'intimité et le rapport ambivalent que nous entretenons avec le corps sexué, à la fois objet de désir et de dégoût. Entre fascination et répulsion, le spectateur ne peut qu'être captivé pas ces fragments de corps offerts sans pudeur à son regard. C'est ce pouvoir de fascination que met en scène Annette Messager, à la manière de ses ex-votos représentant des parties du corps, que l'on trouve dans les églises dans l'espoir d'une guérison ou pour exaucer un voeu. Ce corps reliquaire n'est d'ailleurs pas sans rappeler les parties de corps féminin repré sentées par Magritte dans les cinq tableaux de son Evidence éternelle, oeuvre métonymique où quelques fragments, simplement entourés d'un cadre d'or, suffisent à renvoyer à l'idée même de corps, dans sa globalité la plus sublime.
Oeuvre majeure de l'artiste, Mes voeux appartient à une série de travaux que l'on retrouve dans les plus prestigieux musées du monde, en particulier le Centre Georges Pompidou de Paris, le MoMA et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Car in fine, si l'oeuvre est si percutante, c'est parce qu'elle peut se lire comme une réinterprétation contemporaine du thème des vanités: en effet, en contemplant ainsi ces parcelles de corps, jeunes et vieux, masculins et féminins, c'est en réalité lui-même que le spectateur regarde.
"Pour moi je souhaite qu'il [le regardeur] se sente gêné, dérangé de regarder.", explique l'artiste. "L'observateur connaît, reconnaît bien tous les éléments qui lui sont présentés mais il n'est pas en mesure de 'recoller les morceaux'. L'embarras, la gêne viennent de là." (Annette Messager, citée dans R. Storr, Annette Messager. Faire parade 1971-1995, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 1995).
Si Mes voeux engendre ce sentiment de gêne, c'est aussi parce qu'il interroge la notion d'intimité et le rapport ambivalent que nous entretenons avec le corps sexué, à la fois objet de désir et de dégoût. Entre fascination et répulsion, le spectateur ne peut qu'être captivé pas ces fragments de corps offerts sans pudeur à son regard. C'est ce pouvoir de fascination que met en scène Annette Messager, à la manière de ses ex-votos représentant des parties du corps, que l'on trouve dans les églises dans l'espoir d'une guérison ou pour exaucer un voeu. Ce corps reliquaire n'est d'ailleurs pas sans rappeler les parties de corps féminin repré sentées par Magritte dans les cinq tableaux de son Evidence éternelle, oeuvre métonymique où quelques fragments, simplement entourés d'un cadre d'or, suffisent à renvoyer à l'idée même de corps, dans sa globalité la plus sublime.
Oeuvre majeure de l'artiste, Mes voeux appartient à une série de travaux que l'on retrouve dans les plus prestigieux musées du monde, en particulier le Centre Georges Pompidou de Paris, le MoMA et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Car in fine, si l'oeuvre est si percutante, c'est parce qu'elle peut se lire comme une réinterprétation contemporaine du thème des vanités: en effet, en contemplant ainsi ces parcelles de corps, jeunes et vieux, masculins et féminins, c'est en réalité lui-même que le spectateur regarde.