NICOLAS DE STAËL (1914-1955)
IMPORTANTE COLLECTION PRIVÉE EUROPÉENNE
NICOLAS DE STAËL (1914-1955)

Arbres et maisons (Landscape)

Details
NICOLAS DE STAËL (1914-1955)
Arbres et maisons (Landscape)
signé 'Staël' (en bas à gauche); signé, postdaté et inscrit 'PAYSAGE Staël 1954' (au dos)
huile sur toile
65 x 81 cm. (25½ x 32 in.)
Peint en 1953.
Provenance
Paul Rosenberg, New York
Edward A. Bragaline, New York
Vente anonyme, Christie's Londres, 30 juin 1999, lot 544
Acquis lors de celle-ci par le propriétaire actuel
Literature
D. Cooper, R. van Gindertaël, Nicolas de Staël, Bâle, 1966, No. 40 (illustré p. 65).
J. Dubourg, F. de Staël, Nicolas de Staël: catalogue raisonné des peintures, Paris, 1968, No. 701 (illustré p. 299).
F. de Staël, Nicolas de Staël: Catalogue raisonné de l'oeuvre peint et Lettres de Nicolas de Staël, Neuchâtel, 1997, No. 636 (illustré p. 439).
Exhibited
New York, Knoedler Galleries, Twentieth century masters from the Bragaline Collection, novembre 1963.
Further Details
'ARBRES ET MAISONS (LANDSCAPE)'; SIGNED LOWER LEFT, SIGNED, POSTDATED AND INSCRIBED ON THE REVERSE; OIL ON CANVAS.

Lot Essay

"Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière écrit René Char, en 1950, dans Les Matinaux. Les mots du poète semblent entrer en résonnance avec la peinture de son ami Nicolas de Staël, animée - comme dans Arbres et maisons (Landscape) - par cette lumière si caractéristique du midi. A l'été 1953, sur les conseils de Char, Staël s'installe en effet sur les terres de son ami, à Lagnes, dans les environs d'Avignon, dans une ancienne magnanerie baptisée Lou Roucas qui lui offre la place suffisante pour accueillir femme et enfants ainsi que son atelier. Après un voyage en Italie en février et une traversée de l'Atlantique pour assister à son exposition organisée par la galerie Knoedler à New York, il éprouve le besoin de trouver calme et inspiration. Rassuré par le contrat qu'il vient de signer avec le puissant marchand Paul Rosenberg et qui lui ouvre les portes des plus grandes collections, il aspire à se replonger tout entier dans son oeuvre. Arbres et maisons (Landscape) sera d'ailleurs vendu par Rosenberg à Edward A. Bragaline dont la collection fait cohabiter Derain, Modigliani, Bonnard, Picasso, Braque, Léger, Matisse, Miro, Soutine, Czanne, Degas et déjà plusieurs autres toiles de Staël.

Poussé par Char, Staël trouve lors de son séjour en Provence un nouveau souffle. Il y trouve "le Paradis tout simplement avec des horizons sans limites" (Lettre à Jacques Dubourg, Lagnes, 13 juillet 1953). Cet environnement l'inspire comme il le confie à son ami qui connaît mieux que personne la région: "J'ai fait quelques marches, c'est fou la richesse du pays au point de vue formel [...]. Il y a du marbre, de la pierre, du bois de toutes sortes, même du buis d'excellente qualité. J'ai dit bonjour à tes rochers au couchant [...]" (Lettre à René Char, Lagnes, 13 juillet 1953). L'installation à Lagnes marque un tournant dans son oeuvre. Désormais, l'artiste se livre tout entier dans l'obsession irrésolue d'une réconciliation de la forme et de la couleur pure à la recherche d'une tension sous-jacente de sa peinture qui va trouver sa pleine expression dans les paysages du midi et, quelques semaines plus tard, ceux de Sicile.

Dans Arbres et maisons (Landscape), Staël embrase la toile de tonalités rouges dont les variations subtiles jouent sur la juxtaposition des couches picturales qu'il applique et qui affleurent dans les contours des formes représentées. Les nuances de bleu, de gris, de noir ou d'orange viennent ainsi souligner ces rouges qui sont contrebalancés par l'intensité des verts. Il place, au coeur de la structure du tableau, un carré rouge qui semble ici irradier la matière, capter la lumière et la redistribuer à travers la toile. Staël condense ici toutes les influences qui ont pu accompagner la formation de son oeil: depuis les Nabis et les Fauves - à l'instar des rouges flamboyants de Vlaminck - jusqu'au traitement cubiste des Maisons à l'Estaque de Braque en passant par les mosaïques de Ravenne qu'il a longuement contemplées en février. Ici, il met en oeuvre cette simplification de la ligne qu'il expérimente depuis quelques mois dans ses oeuvres sur papiers. Peu avant son passage dans le midi, il a ainsi travaillé à une libre interprétation de l'oeuvre gravée de l'artiste hollandais Hercules Seghers dont il travaille la ligne tout en la débarrassant de son superflu, en allant à l'essentiel. Arbres et maisons (Landscape) témoigne parfaitement de ces recherches tant le tracé qui parcourt la toile devient simple, évident.

Staël communique son énergie dans le tableau, cette passion ravivée de la couleur au contact de la fusion du minéral et du végétal qui s'opère chaque jour sous ses yeux. Dévoré par le besoin de peindre, de saisir cette lumière incandescente qui anime chaque parcelle de terre qui l'entoure, il livre avec Arbres et maisons (Landscape) son propre aphorisme de cette terre qui comptait tant aux yeux de Char. Découvrant ces nouvelles toiles présentées chez Paul Rosenberg à New York en février 1954, Romain Gary, profondément touché par ces dernières, écrira à Staël: "Ce qu'une telle simplicité trompeuse peut cacher de finesse et de profondeur, sans parler d'années de travail, ce n'est pas à moi de vous le dire, mais c'est une peinture, en quelque sorte, illimitée, qui vous donne de l'imagination et vous force, vous, simple spectateur, à avoir du génie. Vous êtes le seul peintre moderne qui donne du génie au spectateur. Chaque toile ouvre des possibilités de rêve absolument étonnantes." (cité in L. Greilsamer, Le Prince foudroyé, La vie de Nicolas de Staël, Paris, 1998, pp. 325-326).

'You must blow on the embers to work up a good flame' wrote René Char in his 1950 collection, Les Matinaux (The Dawn Breakers). The poet's words seem to resonate with the paintings of his friend, Nicolas de Staël, which - as can be seen in Arbres et maisons (Landscape) (Trees and Houses) - were inspired by the unique light of the South of France. On Char's advice, in the summer of 1953 Staël moved into a former silkworm farm known as 'Lou Roucas' on his friend's land in Lagnes, just outside Avignon, where there was enough room to accommodate his wife and children, as well as a studio. Staël was in need of peace and inspiration after travelling in Italy in February 1953 and across the Atlantic to attend an exhibition of his work organised by the Knoedler Gallery in New York. Safe in the knowledge that he had just signed a contract with the powerful art dealer, Paul Rosenberg, which gave him access to the most prestigious collections, he aimed to throw himself entirely into his work. In addition to this, Rosenberg had also sold Arbres et maisons (Landscape) to Edward A. Bragaline, whose collection included works by Derain, Modigliani, Bonnard, Picasso, Braque, Léger, Matisse, Miro, Soutine, Cézanne and Degas, as well as several other paintings by Staël.

Encouraged by Char, Staël found a new lease of life during his stay in Provence. In his mind, it was 'quite simply paradise, with infinite horizons' (Letter sent to Jacques Dubourg from Lagnes dated 13 July 1953). He was greatly inspired by his surroundings, as he confided to his friend, who knew the area better than anyone else. 'I have been for several walks. From a formal perspective, the richness of the countryside is quite unbelievable [...]. There is marble, stone, and wood of all kinds - even excellent quality boxwood. I said hello to your rocks at sunset [...]' (Letter sent to René Char from Lagnes dated 13 July 1953). The move to Lagnes marked a turning point in his work. From that point onwards, the artist fully indulged his endless fascination with reconciling form and pure colour, creating an underlying tension in his paintings that can be seen most clearly in his landscapes of the south of France and, several weeks later, those of Sicily.

In Arbres et maisons (Landscape), Staël sets the canvas alight with different shades of red. The subtle variations in these shades bring out the juxtaposition between the layers of paint that he applies and that come to the fore in the outlines of the shapes depicted. Shades of blue, grey, black and orange are also used to bring out the red hues, which are offset by intense greens. He places a red square in the centre of the painting, which seems to radiate through the material, capturing and reflecting the light across the canvas. This painting condenses all of the influences that helped to shape Staël's artistic style, from the Nabis and Fauvists - following the example of Vlaminck's flaming reds - through to the Cubist style of Braque's Maisons à l'Estaque (Houses at l'Estaque) and the Ravenna mosaics, which he had studied at length the previous February. Staël introduced the simpler lines that he had been experimenting with in his works on paper over the previous months. Shortly before his trip to the south of France, he had adopted a similar approach when working on a free interpretation of an etching by the Dutch artist, Hercules Seghers, paring down the lines to capture only the work's very essence. With its clean, simple lines, Arbres et maisons (Landscape) is a perfect illustration of his work in this area.

Staël's energy fed into the painting, a rekindled passion for colour produced by the fusion of plants and minerals that was taking place before his eyes every day. Driven by a need to paint and to capture the glow that lit up the land surrounding him, Arbres et maisons (Landscape) represents his own aphorism of this area that Char held so dear. Romain Gary was so deeply moved by these new paintings when he came across them at an exhibition by Paul Rosenberg in New York in 1954 that he later wrote to Staël: 'It is extraordinary how something deceptively simple can conceal subtlety and depth, not to mention years of work. It's not my place to tell you, but a painting that is in some sense limitless stirs our imagination and forces us - the viewer - to have genius. You are the only contemporary painter who gives the viewer genius. Each painting opens up astonishing possibilities.' (cited in Le Prince foudroyé, La vie de Nicolas de Staël by L. Greilsamer, Paris, 1998, pp. 325-326).

More from Art contemporain

View All
View All