JEAN DUBUFFET (1901-1985)
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JEAN DUBUFFET (1901-1985)

Le Polypode

Details
JEAN DUBUFFET (1901-1985)
Le Polypode
signé des initiales et daté 'J.D. 71' (en bas à droite); titré et numéroté '33 Le Polypode' (au dos)
peintures acryliques sur klégécell
210 x 219 cm. (82 5/8 x 86 1/4 in.)
Réalisé en septembre 1971.
Provenance
Pace Gallery, New York
Collection Mr. & Mrs. Ehrenkranz, New York
Collection privée, États-Unis
Pace Gallery, New York
Vente anonyme, Briest, Paris, 26 novembre 1990
Vente anonyme, Sotheby's, Londres, 5 décembre 1996, lot 39
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel
Literature
M. Loreau, Catalogue Intégral des Travaux de Jean Dubuffet: Coucou Bazar, Fascicule XXVII, Lausanne, 1976, No. 33 (illustré p. 37).
M. Glimcher, Jean Dubuffet: Towards an Alternative Reality, New York, 1987 (illustré p. 228).
Exhibited
New York, Pace Gallery, Practicables, mars-avril 1972.
Minneapolis, Walker Art Center, Jean Dubuffet: monuments, simulacres, praticables, février-mars 1973, No. 21 (illustré au catalogue d'exposition).
Seoul, Shinsegae Department Store, Jean Dubuffet and the World of Hourloupe, octobre-novembre 2010 (illustré en couleurs au catalogue d'exposition p. 19).
Special Notice
ƒ: In addition to the regular Buyer’s premium, a commission of 5.5% inclusive of VAT of the hammer price will be charged to the buyer. It will be refunded to the Buyer upon proof of export of the lot outside the European Union within the legal time limit. (Please refer to section VAT refunds) This item will be transferred to an offsite warehouse after the sale. Please refer to department for information about storage charges and collection details.
Further Details
'LE POLYPODE'; SIGNED WITH THE INITIALS AND DATED LOWER RIGHT; TITLED AND NUMBERED ON THE REVERSE; ACRYLIC ON KLEGECELL.

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Valentine Legris
Valentine Legris

Lot Essay

Face au labyrinthe de formes que donne à voir Le Polypode de Dubuffet, l’œil se perd sur la surface, cherchant en vain à discerner une cohérence entre les éléments. Chaque tentative de lecture de l’œuvre est immédiatement démantelée au profit d’une nouvelle sollicitation du regard. Un vertige saisit le spectateur devant ce massif de cellules remplis de hachures et d’aplats colorés, isolées par des cernes noirs. En ce sens, Le Polypode porte en soi l’essence de l’univers enivrant de l’Hourloupe et plus précisément du spectacle Coucou Bazar, dont trois représentations exceptionnelles eurent lieu en 1973 au Guggenheim Museum de New York et au Grand Palais à Paris, puis en 1978 à Turin.

En 1971, au sommet du cycle L’Hourloupe débuté dix ans plutôt, Jean Dubuffet se lance dans un nouveau projet – celui de faire sortir son art des dimensions traditionnelles de la peinture et de la sculpture. C’est ainsi que naît Coucou Bazar - d’une suite de dessins aux foules de cellules réalisés en mars 1971, à partir desquels émergent les premiers Praticables. Par ce terme emprunté à l’univers du théâtre, mais détourné de son sens usuel, Dubuffet désigne des objets de grande dimension peints sur panneaux de klégecell découpés et montés sur des pieds à roulettes. Parmi une centaine de Praticables, que l’artiste réalise lors des trois ans de préparation du spectacle, se distinguent d’amples morceaux de paysages, de lieux, d’objets ou d’architecture, à l’instar du Polypode (issu d’un dessin préparatoire réalisé trois mois plus tôt et intitulé Château Logologique I), et une galerie personnages appelés à habiter ces sites. Accompagné d'une musique cacophonique composée par Dubuffet, les deux cohabiteront sur scène avec des danseurs habillés de complexes costumes reprenant les mêmes codes esthétiques.

Mettant en pratique le principe de perception inhérent aux peintures de l’Hourloupe et son langage cellulaire unificateur, l’artiste accumule des personnages et des éléments de décor sur scène pour créer un sentiment du foisonnement et rendre difficile la distinction entre les personnages et leur environnement. Il donne pour consigne aux danseurs de s’adonner à des mouvements très lents, parfois à peine perceptibles, afin qu'il y ait toujours un doute quant à savoir si telle ou telle partie de l'ensemble a bougé. «Une œuvre inclassable», à l’encontre de catégories du théâtre occidental, Coucou Bazar nie ainsi la hiérarchie traditionnelle qui oppose les acteurs et le décor. «…bien qu’initialement prévus pour entrer dans Coucou Bazar, tous les praticables... se sont en fin de compte trouvés pourvus de double vocation: indifféremment bons pour être fondus dans une masse et mener une vie séparée, et finir seuls devant un mur», conclut ainsi Max Loreau (Catalogue des travaux de Jean Dubuffet, Fascicule XXVII - Coucou Bazar, Paris, 1976, p. 9).

Conçu ainsi comme un acteur à part entière de ce «tableau vivant», Le Polypode par son apparence perturbante et son nom à la fois grotesque et énigmatique évoque le fragment d’un univers autre. En effet, dès ses premières séries, Célébrations du sol, Matériologies et enfin Paris Circus, Jean Dubuffet cherche constamment à s’affranchir des règles de l’art telles qu’elles sont communément admises. C’est pourquoi l’imaginaire de l’artiste, comme celui de toute génération, a sans doute été frappé par un événement sans précédent: celui de la mission Apollo 11 et des premiers pas sur la Lune en 1969. Comme le souligne Sophie Duplaix: «Il n’est pas anodin que les acteurs costumés de Coucou Bazar ressemblent, dans leurs étranges déplacements, à ces cosmonautes entravés par leurs combinaisons, découvrant l’apesanteur.» Ce territoire lunaire, où tout semble à son commencement, ne pouvait que fasciner Dubuffet. Ainsi, l’originalité de Coucou Bazar en général et du Polypode en particulier réside dans leur capacité d’incarner à la fois un développement ultime de L’Hourloupe, débarrassé de codes usuels de l’art, aussi bien que dans une formidable capacité de l’artiste à absorber les références culturelles du monde contemporain.


When contemplating the labyrinthine forms of Dubuffet’s Le Polypode, the eye gets lost, trying in vain to spot any coherency between its elements. Each attempt to read this piece is immediately overthrown as something else catches the eye. The viewer feels a kind of a vertigo in front of this block of cells filled with hatchings or plain colours, isolated by black lines. In this sense, Le Polypode carries the essence of the heady world of the Hourloupe, and more specifically of the Coucou Bazar performance, which was played on three exceptional occasions: in the Guggenheim Museum of New York and in the Grand Palais in Paris in 1973, and then in Turin in 1978.

In 1971, at the peak of the Hourloupe cycle that he began ten years earlier, Jean Dubuffet embarks on a new project: bringing his art beyond the traditional bounds of painting and sculpture. It is in this way that the Coucou Bazar is born from a series of drawings, crowded with cells, executed in March 1971, from which would emerge the first Practicables. Dubuffet uses this term borrowed from the world of the theatre, but diverted from its usual meaning, to describe large format objects painted onto Klegecell panels cut out and set on wheels. Among almost a hundred of Practicables that the artist created during the three years he spent working on the show, we distinguish between a large group of pieces of landscape, objects and architecture, like Le Polypode (that takes its origin in a sketch made three months earlier, entitled Château Logologique I), and a gallery of characters designed to inhabit these spaces. Accompanied by a cacophonous music composed by Dubuffet, the two coexist on stage with dancers dressed in complex costumes based on the same aesthetic codes.

Putting into practice the principle of perception inherent to the Hourloupe as well as its unifying cellular language, the artist accumulates characters and scenery items on stage in order to create a feeling of everything melding together, making it hard to distinguish between the characters and their environment. He gives instructions to dancers to make slow, sometimes barely perceptible movements so that there is always a doubt as to whether this or that part has moved. “An unclassifiable piece”, undermining the categories of the Western theatre, the Coucou Bazar denies the traditional hierarchy opposing actors and the scenery. “...While initially conceived as part of the Coucou Bazar, all of the Practicables finally were endowed with a dual mission: equally suitable to blend into the crowd as to develop a life of their own and to end up alone on a wall”, concludes Max Loreau in the introduction of Catalogue des travaux de Jean Dubuffet, Fascicule XXVII - Coucou Bazar.

Thus designed as a full-fledged actor of this tableau vivant, Le Polypode’s unsettling appearance and name, both grotesque and enigmatic, evoke a fragment of an alternative universe. Indeed, since his very early series – Célébrations du sol, Matériologies and Paris Circus – Jean Dubuffet has always been looking to go beyond the artistic conventions as they were generally accepted. This is why there is no doubt that the artist’s imagination, like that of an entire generation, was struck by an unprecedented event of 1969: the Apollo 11 mission and the first steps on the moon. As Sophie Duplaix points out: “It is not anodyne that the costumed actors of the Coucou Bazar, in their strange way of moving, resemble astronauts hindered by their suits, discovering weightlessness”. This lunar landscape, where everything seems to be at its very beginning, could not but fascinate Dubuffet. Thus, the Coucou Bazar in general and Le Polypode in particular are utterly original in the way they embody both the ultimate experience of the Hourloupe for the viewer, freed from the usual codes of art, as well as the artist’s exceptional capacity to absorb the cultural references of the contemporary world.

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