更多详情
JEAN GOULDEN par Anne Bony
Trouver son chemin dans le Paysage, demande une éducation que le jeune Jean Goulden (1878-1946), reçoit de son père Ernest Goulden, sportif et chasseur. Les grandes étendues champenoises, les coteaux à vignobles, que soulignent au scalpel les routes ou les haies et les forêts giboyeuses sont son fil d’Ariane. Du midi, où la famille de son épouse a une grande villa, il retient les silhouettes des grands pins parasol et les verticales des cyprès, sur un ciel azuréen. Il accoste à la fin de sa vie à Buguelès en Bretagne nord, la matière et la couleur de la mer, des rochers et des nuages nourrissent son inspiration.
Le respect du temps, du devoir et des résolutions s’empare de lui, il choisit la médecine, épouse sa cousine Sibylle Marion Hall le 2 février 1904 à Saint-Raphaël, il a 26 ans, puis soutient sa thèse de doctorat sur la physiologie du cœur isolé en 1906. Il s’engage dans la vraie vie, taisant son goût profond pour la peinture et le dessin. Ils ont deux filles Marie Elizabeth (1904) et Eléonore (1907).
L’ailleurs… Sa confortable situation, s’interrompt avec la Première guerre mondiale. En 1915, il rejoint le front d’Orient pour « l’Expédition de Salonique» en tant que médecin major, il participe aux travaux scientifiques de l’Armée d’Orient entre 1915 et 1918. Misères et violences quotidiennes, sont heureusement atténuées par de belles rencontres : Paul Jouve (1878-1973) peintre animalier, artiste qui comme lui, éprouve une fascination pour la nature. A l’époque, il illustre le « Livre de la Jungle » avec le graveur et imprimeur François-Louis Schmied, qu’il retrouvera au lendemain de la guerre. L’artiste Jean Lambert-Rucki est affecté au « Service Archéologique de Salonique » sous la direction de Jean Guiffrey, également chargé du service photographique de l’armée d’Orient. Ce futur conservateur au musée du Luxembourg puis au musée du Louvre présidera le groupe des 4 « Jean Dunand, Jean Goulden, Paul Jouve, F.L. Schmied » (1921-1933). Des étoiles, dans le ciel obscur de ce bourbier oriental. Blessé, Jean Goulden entre en convalescence à Salonique, puis sur le Mont-Athos. Dans les monastères, il découvre la beauté des émaux champlevés, une expression remarquable de la chrétienté, apparue au 6ème siècle autour du bassin méditerranéen. Il en contemple la complexité et la couleur aux éclats changeants. A son retour en France en octobre 1917, c’est un autre homme.
Enrichi par son exil obligatoire en Orient, il choisit sa voie. Divorcé en janvier 1918, il réside 12 rue de Moulin de beurre à Montparnasse, où vit également Jean Lambert-Rucki. Il rencontre par l’intermédiaire de Paul Jouve : François-Louis Schmied et Jean Dunand, tous deux membres du « groupe d’artistes protestants modernes ». Dans le Paris des années 20, autour de Montparnasse, il goûte à la liberté des avant-gardes et à la vague d’émancipation des artistes face au réalisme. Il peut entamer sans frein sa carrière d’artiste et choisit la technique de l’émail. Art du feu, la matière est exigeante et rebelle. Rue Raynouard où il vit, puis plus tard à Reims, il installe un four. Jean Goulden se marie avec Dolly, fille de François-Louis Schmied en 1924.
Autodidacte, Patiemment, il dompte la matière fusible de l’émail champlevé par un dessin synthétique. Les cloisons de métal précieux, comme le plomb dans l’art du vitrail, isolent les surfaces remplies de poudre d’émail. Sa patience et son humilité portent leurs fruits. Ses premières œuvres sont présentées aux Galeries Georges Petit à Paris en 1921. Jusqu’en 1933, chaque année, il expose avec ses compagnons : Jean Dunand (dinandier et laqueur), Paul Jouve (peintre animalier) et François-Louis Schmied (graveur et imprimeur).
L’œuvre de Jean Goulden est rigoureuse, les plaques aux thèmes figuratifs : cyprès, pommiers, voiliers, paysage, corbeau, meules… façonnent des compositions radicales enrichies de surfaces de couleurs d’une richesse incomparable. Dès 1924, il réalise des décors à motifs géométriques singuliers, les surfaces cloisonnées s’imbriquent, selon une logique unique. Les surfaces des plats de reliure, des coffrets, des boites révèlent un caractère audacieux et radical. Il impose un style aux accents « cubistes » et ne cesse d’innover. Il livre près de deux cents œuvres d’art décoratif : plaques, boîtes, pendule, candélabres, jardinière… qui appartiennent aujourd’hui aux plus grands musées et collectionneurs du monde. Son œuvre est l’une des plus expressives de cette période de l’Art déco.
JEAN GOULDEN by Anne Bony
To find your way around a Landscape, you need to be taught; the young Jean Goulden (1878 - 1946) was instructed in the same by his father Ernest Goulden, a sportsman and hunter. The vast expanses of Champagne, the hillside vineyards, delineated by roads or hedges, and the game forests were his Ariadne's thread. From the south, where his wife's family had a large villa, he took the silhouettes of the tall umbrella pines and the vertical lines of the cypresses, placing them against an azure sky. Towards the end of his life he settled in Buguelès in northern Brittany, inspired by the substance and colour of the sea, by the rocks and clouds.
With a feeling of obligation to time, duty and purpose, he chose to study medicine, married his cousin Sibylle Marion Hall on 2 February 1904 in Saint-Raphaël when he was 26 years old, then defended his doctoral thesis on the physiology of the isolated heart in 1906. He threw himself into the here and now, quelling his deep interest in painting and drawing. They had two daughters, Marie Elizabeth (b. 1904) and Eléonore (b. 1907).
Meanwhile... His comfortable situation ended with the advent of the First World War. In 1915, he joined the Eastern Front for the 'Expedition to Salonika', as staff physician, and participated in the scientific work of the Allied Army of the Orient between 1915 and 1918. Fortunately, the daily woes and violence were mitigated by some happy encounters: Paul Jouve (1878 - 1973), a wildlife artist who, like him, had a fascination for nature. At the time, Jouve illustrated 'The Jungle Book' with the engraver and printer François-Louis Schmied, with whom he would meet up again after the war. The artist Jean Lambert-Rucki was assigned to the 'Salonika Archaeological Service' under the direction of Jean Guiffrey, who was also in charge of the photographic service for the Allied Army of the Orient. Guiffrey, who later became a curator at the Luxembourg Museum and then the Louvre Museum, would preside over the group of four: 'Jean Dunand, Jean Goulden, Paul Jouve, F.L. Schmied' (1921 - 1933). These men were like stars shining in the dark sky of that oriental quagmire. Jean Goulden was wounded and convalesced in Salonika, then on Mount Athos. In the monasteries there, he discovered the beauty of the champlevé enamels, a remarkable expression of Christianity appearing in the 6th century around the Mediterranean basin. He contemplated their complexity and changing bursts of colour. When he returned to France in October 1917, he was a different man.
Enriched by his forced exile in the East, he started a new life. Divorced in January 1918, he went to live at 12 Rue de Moulin de Beurre in Montparnasse, where Jean Lambert-Rucki also lived. Through Paul Jouve he met François-Louis Schmied and Jean Dunand, both members of the 'modern Protestant artists group'. In 1920s Paris, around Montparnasse, he enjoyed the freedom of the avant-garde and the wave of emancipation liberating artists from the rule of realism. He could embark unimpeded on his career as an artist and chose to focus on the enamelling technique. An art of fire, the material was challenging and rebellious. He installed a kiln in Rue Raynouard where he lived, then later in Reims. In 1924, Jean Goulden married Dolly, François-Louis Schmied's daughter.
Self-taught, Patiently, he brought the fusible material of champlevé enamel under control using a synthetic design. Dividing partitions of precious metal, like lead in stained glass, isolate the surfaces filled with enamel powder. His patience and humility paid off. His first artworks were presented in 1921 at the Galerie Georges Petit in Paris. Every year, until 1933, he had exhibitions with his companions: Jean Dunand (dinandier [coppersmith] and lacquer artist), Paul Jouve (wildlife artist) and François-Louis Schmied (engraver and printer).
Jean Goulden's work is rigorous, his plates depicting figurative themes: cypress trees, apple trees, sailboats, landscape, raven, millstones ... create radical compositions with surfaces of incredibly rich colours. From 1924, he created decorative objects with unusual geometric patterns, the partitioned surfaces linking together according to a unique logic. The surfaces of his binding covers, caskets and boxes reveal a bold and radical character. He adopted a style with 'cubist' overtones and never stopped innovating. He produced almost two hundred works of decorative art: plates, boxes, clock, candelabra, planter ... which now belong to major museums and collectors worldwide. His work is one of the most expressive of this period of Art Deco.