André Masson (1896-1987)
André Masson (1896-1987)

La chute (le viol ou l'amour de la vitesse)

Details
André Masson (1896-1987)
La chute (le viol ou l'amour de la vitesse)
signé 'andré Masson' (en bas à droite)
huile sur toile
33 x 41 cm.
Peint en 1939

signed 'andré Masson' (lower right)
oil on canvas
13 x 16 1/8 in.
Painted in 1939
Provenance
Galerie Simon, Paris.
Vente, Christie's, Londres, 3 juillet 1981, lot 386.
Galerie de Seine, Paris (acquis au cours de cette vente).
Galerie Cazeau-Béraudière, Paris (acquis auprès de celle-ci, en 1994).
Collection particulière, Paris (acquis auprès de celle-ci); vente, Sotheby's, Londres, 8 février 2005, lot 70.
Collection particulière, Paris (acquis au cours de cette vente); vente, Sotheby's, Paris, 1er juin 2011, lot 10.
Acquis au cours de cette vente par le propriétaire actuel.
Literature
M. Leiris et G. Limbour, André Masson et son univers, Genève- Paris, 1947, p. 129 (illustré, p. 139; titré 'Le viol').
J.-P. Clébert, Mythologie d'André Masson, Genève, 1971, p. 56, no. 119 (illustré; titré 'Le viol').
A. Masson, La mémoire du monde, Genève, 1974, p. 168 (illustré, p. 30; titré 'Le viol').
A. Matthes et H. Klewan, André Masson Gesammelte Schriften I, Munich, 1990, p. 178 (illustré; titré 'Die Vergewaltigung').
G. Masson, M. Masson et C. Loewer, André Masson. Catalogue raisonné de l'oeuvre peint 1919-1941, Paris, 2010, vol. II, p. 354, no. 1939*2 (illustré en couleurs, p. 355).
Exhibited
Paris, Artcurial, L'aventure surréaliste autour d'André Breton, mai-août 1986, p. 74 (illustré en couleurs; titré 'La chute' et daté '1938').
Genève, Musée Rath et Paris, Musée d'art moderne, Regards sur Minotaure, la revue à tête de bête, octobre 1987-mai 1988, p. 269, no. 181 (illustré en couleurs, p. 160; titré 'La chute' et daté '1938').
Milan, Palazzo Reale, I Surrealisti, juin-septembre 1989, p. 320 (illustré en couleurs; titré 'La chute' et daté '1938').
Berne, Kunstmuseum, Masson - Massaker - Metamorphosen - Mythologien, septembre-novembre 1996, p. 38, no. 31 (illustré; titré 'La chute ou le viol' et daté '1938').
Koblenz, Ludwig Museums, André Masson. Rebell des Surrealismus, juillet-octobre 1998, p. 48 (illustré en couleurs; titré 'Der Fall (oder die Verwaltigung)' et daté '1938').
Saint Petersburg, Floride, Salvador Dalí Museum, André Masson: the 1930s, octobre 1999-janvier 2000, p. 153, no. 38 (illustré en couleurs, p. 102; titré 'La chute ou le viol' et daté '1938').
Darmstadt, Institut Mathildenhöhe, André Masson - Bilder aus dem Labyrinth der Seele, mars-avril 2003, p. 109, no. 42 (illustré en couleurs; titré 'Le viol').
Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, André Masson, janvier-avril 2004, p. 177 (illustré en couleurs; titré 'Le viol').

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Anika Guntrum
Anika Guntrum

Lot Essay

Peint en 1939, La Chute (Le Viol ou L'amour de la vitesse) date d'une période agitée, à la fois dans la vie personnelle de l'artiste et dans le monde qui l'entoure. Lorsqu'il achève le tableau, la guerre civile d'Espagne touche tout juste à sa fin et la seconde guerre mondiale est sur le point d'éclater. Cette oeuvre offre ainsi un brulant témoignage de son époque, un baromètre surréaliste de la violence de la période qui l'a engendrée. Ancien combattant de la première guerre, Masson est particulièrement sensible à la tension omniprésente, renforcée par les ravages de la Guerre civile espagnole de la fin des années 1930. Amoureux de l'Espagne depuis un voyage entrepris en 1934, il s'installe à Tossa de Mar dès le mois de juin de la même année. Son art est à l'époque centré sur le thème de la corrida, et ses compositions figurent souvent des cadavres éviscérés ou un minotaure majestueux. En dépit du destin funeste du taureau, la corrida et la mort inévitable qu'elle entraine ont pour Masson une dimension esthétique et musicale: "L'aspect visuel, le spectacleest magnifique; lorsque homme et bête semblent unis. Ce sont des moments sublimes" (cité in W. Rubin et C. Lanchner, André Masson, catalogue d'exposition, New York, Museum of Modern Art, 1976, p. 142). Pour Masson, la mort ritualisée dans l'arène au cours de la corrida porte de nombreuses ramifications. Fasciné, il établit aisément le lien avec le mythe du minotaure. Comme Sigmund Freud, les surréalistes croient déceler dans les mythes anciens les clés des vérités ancestrales de la vie et de la nature humaine. Le minotaure est donc, pour des artistes comme Masson qui ont survécu à la Grande Guerre, un puissant symbole de violence et une incarnation de la bête qui se cache en chacun de nous. Il devient bientôt la mascotte des surréalistes, alors que Masson, avec l'aide de Georges Bataille, convainc Skira et Tériade de baptiser leur nouvelle revue de son nom.
Au début de l'année 1937, Masson (par l'entremise de Georges Bataille) se réconcilie avec le groupe d'André Breton et entame sa deuxième période surréaliste (1938-1941). Beaucoup des plus beaux tableaux de l'artiste, comme Gradiva et La métamorphose des amants, datent de cette période au cours de laquelle il développe également le thème majeur du mobilier anthropomorphique (1937-39). Dans La Chute (Le Viol ou L'amour de la vitesse), on distingue clairement deux corps partageant un unique abdomen blessé, dans un enchevêtrement de bras, de jambes et de pièces de mobilier. Le surréalisme de Masson voit en chaque être féminin l'incarnation d'une force séductrice et fatale. De cette vision sans concession naissent de nombreuses représentations de ce piège mortel: larges membres évoquant une vulve dans Piège dans la prairie, ou mâchoires acérées du vagin de la mante mécanique dans Paysage à la mante religieuse, par exemple.
En 1939, année d'exécution de La Chute (Le Viol ou L'amour de la vitesse), André Breton déclare que "le problème n'est plus comme naguère, de savoir si le tableau 'tient' par exemple dans un champ de blé, mais bien s'il tient à côté du journal de chaque jour, ouvert ou fermé, qui est une junglebien peu d'oeuvres contemporaines sont de force à surmonter pareille épreuve, et les y soumettre entraîne un bouleversement radical des valeurs. [...] Cette épreuve, nul tant qu'André Masson n'a été désireux et capable de s'y assujettir: nul n'en sort plus grandi" ('Prestige d'André Masson', in Minotaure, Paris, mai 1939).


Painted in 1939, La chute (Le viol ou L'amour de la vitesse) dates from a turbulent period both in the artist's life and in the world around him. By the time this painting was completed in 1939, the Spanish Civil War had ended, however the world was at the dawn of World War II. As such, this painting serves as a searing document of its own times; a Surreal barometer of the violent age that created it. A veteran of the First World War, Masson was particularly sensitive to the tension around him, and this had increased with the Civil War that had ravaged Spain in the late 1930s. Masson himself had fallen in love with Spain while travelling there in 1934, and this relationship was to last some time. He settled in June 1934 in Tossa de Mar. His art at this time focused on the bullfight as a rousing theme, oftentimes depicting eviscerated corpses and majestic Minotaur in these compositions. Regardless of the status of the bull, though, the corrida and even the almost inevitable death it involved represented something musical and beautiful to Masson, a dance of art within life: "The visual aspect, the spectacle... is magnificent; when man and beast seem wedded. There are sublime moments" (the artist, cited in W. Rubin and C. Lanchner, André Masson, exhibition catalogue, New York, Museum of Modern Art, 1976, p. 142).
To the Surrealist in him, the presence of ritualized death in the arena at the
corrida held strong ramifications. Masson was fascinated by this, and in his mind it linked easily with his interest in the myth of the Minotaur. Like Freud, the Surrealists saw ancient myths as clues to eternal truths about life and human nature. The Minotaur was therefore a potent symbol of violence, of the beast within, for the artists like Masson who had survived the Great War. It became an explicit mascot for the Surrealists, for it was Masson who, with Georges Bataille, convinced Skira and Tériade to call their new review Minotaure. By early 1937, Masson had (curiously enough through Georges Bataille) reconciled with André Breton's Surrealist group, and entered what is considered his second Surrealist phase (1938-1941). Many of Masson's finest pictures date from this period, including the Animated Furniture pictures (1937-39), Gradiva and La métamorphose des amants. In the present work, two bodies are distinctly united around a communally-wounded abdomen, in what amounts to a higgledy-piggledy of arms, legs and furniture. In Masson's brand of Surrealism, each female is a prototype of a seductive but deadly force. From this uncompromising vision follow Masson's many images of the trap, whether it is the great vulva-like limbs of a Le piège dans la prairie, or the brutal jaws of the vagina of the mechanized mantis in Paysage à la mante religieuse.
Writing about Masson's painting in 1939, the year that
La chute (Le viol ou L'amour de la vitesse) was completed, André Breton stated that for art, "the problem is no longer, as it once was, to know if a painting "stands up" in a wheat field for instance, but if it stands up alongside the daily newspaper. Very few contemporary works are strong enough to meet such a test, and applying it entails a radical upheaval of values. No one has been as willing and able to submit to the test as has André Masson; no one comes out of it more credibly" (Surrealism and Painting, London, 1972, p. 151).

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